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Historique de l’association

 

La signature de la convention de rapprochement a été signée lors de l’assemblée générale extraordinaire du 13 décembre 2008, le CEOB - L’Aile Brisée prenant à cette occasion le nom de "LPO Côte-d’Or"

signature de la convention de rapprochement

Signature de la convention de rapprochement

 

Un peu d’histoire : Discours de Camille Ferry à l’occasion des 50 ans de l’association

 

" Voici quelques souvenirs sur l’origine du Centre d’Etudes Ornithologiques de Bourgogne, né en 1957. Ce n’a pas été une génération spontanée ; il y avait en effet a Dijon une longue tradition ornithologique : à la Faculté des Sciences, Paul PARIS avait été le premier Professeur de Zoologie a s’intéresser aux oiseaux ; il avait publié en 1921 le Tome II de la Faune de France, consacré aux oiseaux.

Paul Paris

Le second volume de Faune de France, consacré aux oiseaux

 

C’était un remarquable naturaliste de terrain, connaissant in natura, aussi bien les plantes que les animaux, alors que ses collègues universitaires d’ailleurs s’intéressaient aux « petites bêtes » qu’on étudiait en laboratoire sans avoir à craindre ni le vent, ni la pluie. J’ai rencontré ailleurs comment ce solide paysan, haut-marnais d’origine, allait à pied de Dijon à Saint-Jean- de-Losne par les chemins de terre en évitant les routes goudronnées (30 kilomètres a pied pour ne pas prendre le train). C’est dans son laboratoire que fut créé, sous son patronage, la revue ALAUDA en 1929. Mon maître Henri JOUARD, brillant ornithologue amateur, fréquentait régulièrement le labo et pris une part essentielle dans la rédaction et aussi les problèmes d’intendance de la revue. Avec Paul PARIS, ils fondèrent la Société d’Eude Ornithologique dont ALAUDA fut le bulletin.

Henri Jouard

Henri Jouard

Le premier numéro de la revue Alauda

 

Les dix premières années d’ALAUDA furent très riches de publications et assurèrent à mes deux maîtres une réputation internationale. Quand ils sont morts prématurément l’un et l’autre en 1938, c’est H. HEIM de BALZAC et N. MAYAUD qui reprirent le flambeau et la revue fut publiée à Paris. Mais à Dijon, le successeur de Paul PARIS, le Professeur DENIS qui était un entomologiste, avait consacré dans son laboratoire une partie de la bibliothèque et du matériel de PARIS. Apres l’enseignement surtout sur le terrain, de JOUARD et de PARIS, j’ai bénéficié en 1938 de celui du Professeur DENIS quand j’ai été étudiant du P.C.B. qui était alors l’équivalent d’une première année de Médecine.

Là-dessus : la Guerre ! L’ornithologie à Dijon est en quelque sorte en sommeil ; et seul le Comte G. DE VOGUE y tient encore le flambeau : il publie en 1948 l’Inventaire des Oiseaux de Côte-d’Or où il présente toutes les données de répartition accumulées par PARIS et JOUARD.

Inventaire des Oiseaux de Côte-d’Or de Georges de Vogüe

 

Quand je suis revenu de Paris après 10 ans d’études pour prendre une place de Chirurgien à Dijon, j’avais eu le temps de confirmer ma vocation ornithologique et je suis tout naturellement retourné à la Faculté des Sciences, la vielle fac, rue Monge, pour retrouver les traces de PARIS et de JOUARD. Monsieur DENIS m’accueillait volontiers, mais les oiseaux n’étaient guère ses soucis. J’ai connu alors des jeunes, encore au lycée, qui avaient des envies d’ornithologie : Jacques BLONDEL et Bernard FROCHOT. Ils ont pris l’habitude de venir parler régulièrement d’oiseaux à mon domicile, Place Darcy, tous les mercredis soirs, avec André DESCHAINTRE et Henri DUFOUR. Nous sommes sortis ensemble. Ils m’ont aidé à surveiller les premières aires de Pèlerin, et mes premiers nids de Petits Contrefaisants* au Parc des Sports. Apres leur bac, BLONDEL et FROCHOT ont voulu faire de l’Ornithologie leur métier ; ils sont inscrits tout naturellement à la Faculté des Sciences, au laboratoire du Professeur DENIS, de sorte qu’en 1957, quand la nouvelle fac fut inaugurée boulevard Gabriel, mon bon maître m’a dit : « puisque vous poursuivez vos études d’oiseaux, je vous ouvre une des pièces de mon nouveau labo pour ça. ». Nous y avons aussi initié le baguage des oiseaux puisque le Muséum de Paris m’avait confié des bagues pour la région. De sorte que, officiellement logés a la Faculté des Sciences, nous avons senti le besoin de créer le CEOB.

C’est là, bien sûr, que se sont tenues nos rencontres hebdomadaires et que BLONDEL et FROCHOT se sentaient chez eux en poursuivant leurs études.

Là se place un épisode savoureux que je vais vous raconter : Monsieur DENIS avait accepté que dans le même local soient domiciliés les bagueurs de chauves-souris. Leur responsable, un spéléologue, en était si content, qu’il y installa un bureau sur lequel il avait écrit : « ce bureau appartient au Comte de XX ». La cohabitation s’annonçait difficile. BLONDEL, ayant récupéré le cadavre d’un chat sauvage, a préparé le squelette : pour ce faire, il l’a fait bouillir à petit feu pendant des heures ; ça puait de façon épouvantable. Le comte a protesté contre l’odeur, mais quand on lui a fait remarquer que nous étions dans un labo de sciences et non dans un salon Louis XV, il a emporté son bureau et il a emmené ailleurs les bagues de Pipistrelles.

Le CEOB a connu, dès ses débuts, un développement rapide dont témoigne entre autre :
- le premier colloque régional en 1962. Il allait devenir le colloque interrégional qui vit toujours.
- la publication du bulletin du CEOB, « Le Jean-le-Blanc », à partir de 1962 également sous la responsabilité rédactionnelle de Bruno SCHERRER.

Quant à l’Aile Brisée, elle a vu le jour plus tard, quand un groupe de nos camarades a eu le courage de créer un centre de soins pour les oiseaux blessés. L’efficacité de ce centre a été remarquable grâce à la compétence et le dévouement de ceux qui s’y sont consacrés, mais c’était un effort difficile à maintenir pour des amateurs.

Et maintenant le CEOB - L’Aile Brisée se retrouve à fêter ses 50 ans à Talant où la municipalité nous a généreusement accueilli et d’où nous avons un rayonnement justifié par nos activités.

Je souhaite longue vie au CEOB - L’Aile Brisée. "

Camille FERRY, Cofondateur du CEOB, 1921-2007

 

* Petit contrefaisant est le "vieux" nom français de l’Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta -Vieillot, 1817-)