Contenu

Le Milan royal en Bourgogne

Le Milan royal Milvus milvus, une espèce patrimoniale et menacée

Présentation du Milan royal

Le Milan royal Milvus milvus est un rapace diurne de plus d’1,50 m d’envergure, pour un poids d’environ 1 kg. Il est globalement roux, avec deux cocardes blanches sous les ailes, et présente une longue queue échancrée. Cet oiseau est à différencier de son cousin, le Milan noir Milvus migrans, globalement plus sombre et avec une queue moins échancrée.





jpg - 87.1 ko
Milan royal adulte en vol (photographie : Philippe Vorbe)

Cette espèce est essentiellement européenne (figure 2). En période de nidification, on la rencontre dans les zones tempérées et méditerranéennes occidentales, dans une étroite bande reliant les îles du Cap Vert (sous-espèce endémique des îles et en voie d’extinction) à la Biélorussie. L’Ukraine constitue sa limite orientale de répartition. Plus à l’ouest, une petite population récemment réintroduite à partir d’une population résiduelle occupe une partie de l’Angleterre. Le Milan royal est un migrateur partiel. Les populations les plus nordiques et les plus continentales lors de leur reproduction traversent l’Europe pour aller hiverner dans sa majorité en Espagne, et plus secondairement en France voire en Afrique du Nord.





jpg - 79 ko
Répartition du Milan royal dans le Monde (carte : Romain RIOLS, LPO Auvergne)

En Bourgogne, le Milan royal est surtout considéré comme un nicheur historique, et plus secondairement comme hivernant (MAURICE & STRENNA, 2009). La population nicheuse régionale est associée au noyau de population du Nord-est français.

Si l’espèce a plus ou moins occupé l’ensemble de la Bourgogne pour sa reproduction depuis au moins le XIXème siècle, elle a constamment niché dans ce que nous définissons comme l’entité paysagère de l’Auxois, considérée comme son bastion régional historique et actuel.

Le régime alimentaire de cet oiseau opportuniste est très éclectique. En Bourgogne et dans beaucoup d’autres régions, ce rapace en partie charognard se nourrit essentiellement de micromammifères, d’insectes et de vers de terre, ainsi que de déchets organiques, comme les cadavres d’animaux ou les déchets d’origine anthropique.

Cette espèce est typiquement liée aux zones agricoles ouvertes associant l’élevage extensif et la polyculture. Ces milieux ouverts sont en effet riches en proies et favorables à la chasse, notamment les prairies naturelles permanentes (CHASTAGNOL, 2007). Les mosaïques d’habitats permettent de diversifier et multiplier les sources de nourriture. Les bois, généralement sous forme de massifs mais aussi plus ponctuellement de haies, sont également nécessaires pour l’installation des aires de nidification. Des études menées dans différents pays européens indiquent des grandeurs de territoires de chasse très variables autour de l’aire, lesquels sont directement liés à la richesse du secteur en nourriture : le territoire immédiat moyen d’un couple nicheur semble correspondre à 5 Km autour de l’aire, même s’il est courant de voir des oiseaux chasser à plus de 10 Km (CARTER, 2007).





jpg - 73.8 ko
Paysage du Haut-Auxois en Bourgogne, riche en prairies naturelles permanentes (EPOB)

Une espèce autrefois banale aujourd’hui quasi-menacée dans le monde

A l’échelle mondiale, l’espèce figure sur la liste rouge de l’International Union for Conservation of Nature (IUCN), liste constituant l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation global des espèces végétales et animales, et au sein de laquelle le statut de l’espèce a évolué de deux échelons de gravité ces dix dernières années, en passant d’un état de « préoccupation mineure » à celui de « quasi-menacé » (BIRDLIFE International, 2007). Au niveau européen, Birdlife International le fait figurer dans la liste SPEC2 (Species of European Conservation Concern - il était en SPEC4 avant 2004), catégorie « en déclin modéré et récent » (BIRDLIFE International, 2007). Ces modifications reflètent les déclins importants enregistrés dans les pays abritant les plus grosses populations dans le monde.





jpg - 30.7 ko
Dynamique des populations nicheuses

En France, le statut déterminé en 1998 d’espèce « à surveiller » est devenu obsolète et a été remis à jour fin 2008 avec le statut de « vulnérable » (UICN France, 2008), en prenant cette fois en compte le déclin enregistré depuis le début des années 1990 notamment dans le Nord-est du pays, avec des chutes estimées de 50 à 80 % à partir de cette date (BRETAGNOLLE & THIOLLAY coord., 2004). Compte tenu des derniers changements de statut sur les listes rouges européenne et mondiale, il faut dorénavant considérer le Milan royal comme l’une des espèces les plus menacées de France, d’autant que la responsabilité de la France qui abrite le quart de la population mondiale est majeure (milan-royal.lpo.fr).

L’évolution des populations nicheuses et hivernantes en Bourgogne reflète celle des régions du Nord-est français. Alors que la population nicheuse bourguignonne comptait entre 100 et 500 couples au début des années 1990 (STRENNA coord., 2000), elle est à présent estimée de quelques unités à une vingtaine de couples. Le Grand-Auxois abrite l’essentiel des couples nicheurs connus, même si certains peuvent se trouver ailleurs dans la région. Quant aux oiseaux hivernants, ils ont quasiment disparus de la région.





jpg - 42.6 ko
Synthèse cartographique 2004-2008 de la nidification du Milan Royal en Bourgogne (EPOB)

Plusieurs raisons expliqueraient ces déclins : la disparition des milieux favorables (intensification ou déprise agricole selon les cas), la quasi-disparition des déchets organiques de nos territoires et les destructions volontaires et involontaires, notamment dans les zones d’hivernage (MAURICE & STRENNA, 2009).

Une mobilisation ascendante en faveur de l’espèce de l’Europe à l’Auxois

En réponse à ces déclins, plusieurs pays européens se sont lancés dans des actions de suivi, de restauration, et même de réintroduction du Milan royal depuis les années 1990. Un plan national de restauration a été lancé en France en 2003. La Bourgogne intègre cet effort national à travers l’EPOB et de manière significative à partir de 2006, avec les soutiens du Conseil Régional de Bourgogne et de la Direction Régionale de l’Environnement (DIREN) Bourgogne. Ces actions comprennent du suivi de populations, des actions de restauration, de communication et de sensibilisation. Toutes s’inscrivent sur plusieurs années.

Le suivi régulier depuis le printemps 2006 permet depuis peu d’avoir une idée plus précise de l’état de la population nicheuse régionale. Cet état des lieux, figé en 2008, est susceptible d’évoluer années après années : tous les couples n’ont peut-être pas été recensés et certains sont susceptibles de s’installer ou de disparaître par la suite. La potentialité très forte d’habitats de l’Auxois et les difficultés pour localiser les couples nicheurs imposent également de ne pas s’arrêter qu’aux données connues et d’avoir également une approche par entités paysagères favorables ou défavorables. Ainsi l’Auxois dans sa globalité doit être considéré comme susceptible d’abriter des couples nicheurs.

Si le cœur du noyau nicheur se situe au Nord et à l’Est de la Bourgogne, la région ne représente pas moins des enjeux forts pour la conservation nationale et mondiale de l’espèce. Il s’agit notamment de ne pas davantage encore fragmenter et réduire ce qu’il reste de ce noyau en laissant disparaître la population bourguignonne.

Plus localement, la protection de cette espèce emblématique va dans le sens de la sauvegarde du patrimoine naturel local. La disparition de cet oiseau de notre région représenterait une perte préjudiciable à la biodiversité locale.

Les chutes des populations constatées peuvent être expliquées par l’accumulation de facteurs défavorables à l’espèce, en nidification comme en hivernage. Si la raréfaction généralisée et contemporaine de la nourriture a été subite (disparition de nombreuses décharges, équarrissage devenu systématique, disparition des milieux naturels ouverts de qualité - MAURICE & STRENNA, 2009), il semble qu’elle soit appelée à persister durablement, puisque qu’elle est issue de grandes orientations politiques nationales ou européennes. Quant aux destructions volontaires et involontaires, elles semblent plus temporaires ou corrigeables.

En plus des actions de communication/sensibilisation récemment entamées par l’EPOB pour faire connaître à la population et aux acteurs locaux l’espèce et ses enjeux, le programme régional mise, dans la continuité directe du programme national, sur la création de quelques placettes d’alimentation contrôlées dans les zones à forts enjeux. Ces structures sont considérées comme des mesures d’urgence et ont l’ambition de compenser des facteurs défavorables comme le manque généralisé de nourriture et les dangers que représente l’hivernage ibérique, qui concerne certainement une part importante des oiseaux du Nord-est français (MAURICE & STRENNA, 2009). Plusieurs projets de placettes verront le jour en 2009 en Bourgogne et notamment dans le Grand-Auxois.

Des réflexions sur la conservation des prairies permanentes dans l’Auxois ont été lancées. Cet objectif pourrait se concrétiser d’ici quelques années par la définition d’une Zone de Protection Spéciale (dans le cadre du programme européen Natura 2000) sur cette grande entité ou sur une partie, qui permettrait de proposer à grande échelle des mesures agro-environnementales pertinentes.

Le développement de l’éolien dans le l’Auxois peut représenter une nouvelle menace pour l’espèce si des préconisations spécifiques ne sont pas appliquées. Un document destiné à l’ensemble des acteurs de l’éolien dans la région sur cette problématique est en cours de réalisation.

Un plan régional 2009-2010 a été proposé auprès de la DIREN Bourgogne, du Conseil Régional Bourgogne et de l’Europe avec le FEDER. Dans l’esprit de ce que devrait ressembler le second plan national de restauration du milan royal, il fera la part belle à la concrétisation des placettes et à la sensibilisation autour de l’espèce et ses habitats.

Pour davantage d’informations sur le Milan royal en Bourgogne : MAURICE, T., STRENNA, L., 2009, Le Milan royal Milvus milvus en Bourgogne : historique, enjeux, actions et perspectives en faveur de l’espèce, EPOB, Bourgogne Nature n°1-2009

Bibliographie :

- BRETAGNOLLE, V., THIOLLAY, JM., coord., 2004, Rapaces nicheurs de France : distribution, effectifs et conservation, Delachaux et Niestlé, 176p.
- CARTER, I., 2007, The Red Kite, Arlequin Press, 245 p.
- CHASTAGNOL, F., 2007, Propositions d’actions de gestion pour la ZPS Haut-Allier (43) en faveur de la conservation du Milan royal : Etude comparative, sur deux zones échantillons, de la dynamique des populations de Milan royal (Milvus milvus) et des pratiques agricoles influant sur l’espèce, LPO Auvergne, 43 p.
- MAURICE, T., STRENNA, L., 2009, Le Milan royal Milvus milvus en Bourgogne : historique, enjeux, actions et perspectives en faveur de l’espèce, EPOB, Bourgogne Nature n°1-2009
- STRENNA, L., coord., 2000, Les rapaces nicheurs de Bourgogne, l’Aile Brisée, Talant, 176 p
- UICN France, 2008, Une espèce d’oiseaux nicheurs sur quatre pourrait disparaître de France métropolitaine selon la Liste rouge des espèces menacées récupéré le 15/12/08 à partir de http://www.uicn.fr