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Projet 2012 : 100 arbres champêtres pour la Pie-grièche à tête rousse dans l’Auxois

 

Un projet pour 2012

 

« 100 arbres champêtres dans l’Auxois pour la Pie-grièche à tête rousse »

 

Présentation du projet de la LPO Côte-d’Or

 

Crédit photo : René Dumoulin ©

 

 

LE CONTEXTE ET LES OBJECTIFS DU PROJET

 

La Pie-grièche à tête rousse : une espèce menacée

La Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator) est un passereau migrateur (migrateur trans-saharien hivernant dans les pays du Sahel) qui rejoint notre région, la Bourgogne, dés le mois de mai pour se reproduire. La présence de cette espèce (dont le régime alimentaire est constitué surtout de gros insectes et plus occasionnellement de petits rongeurs) constitue un excellent bio-indicateur de la qualité des milieux bocagers de notre région.

Les effectifs sont notés en régression dans la majeure partie de son aire de répartition (Europe méridionale et centrale). L’espèce est classée comme « quasi-menacée » (catégorie NT) sur la liste rouge des espèces menacées en France c’est-à-dire proche du seuil des espèces menacées ou qui pourraient être menacées si des mesures de conservation n’étaient pas prises.

D’après les dernières estimations réalisées au sein des différentes associations ornithologiques régionales, la population bourguignonne (avec un effectif compris entre 650 et 1240 couples cantonnés en période de reproduction) représenterait 1/10ème de la population française (estimée à 10 000 couples).

 

Un Plan national d’action en faveur de la Pie-grièche à tête rousse

Un plan national d’action en faveur des espèces de pie-grièches les plus menacées en France (4 espèces au total dont la Pie-grièche à tête rousse) est actuellement en cours de relecture au Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transport et du Logement (MEDTL) (programme coordonné par la DREAL Lorraine et la LPO).

Ce plan national d’action sera décliné très prochainement à l’échelle régionale, en Bourgogne, fin 2012. Il prévoit des mesures de conservation/ restauration des milieux dans lesquels se reproduisent ces espèces. Concernant la Pie-grièche à tête rousse, il ne semble pas y avoir eu de véritables actions de conservation directement orientée vers cette espèce, en France et à l’étranger.

 

Une espèce étudiée par la LPO Côte d’Or depuis 2004

La LPO Côte d’Or participe activement à la mise à jour et à la rédaction de ce Plan national d’action en faveur des Pies-grièches notamment pour le volet concernant la Pie-grièche à tête rousse.

En effet, depuis 2004, la LPO Côte d’Or s’intéresse de près à cette espèce menacée. Divers programmes d’étude ont été entrepris en faveur de cette espèce mais encore aucun programme de conservation.

Ainsi, une prospection réalisée en Côte d’Or en 2005 a permis de localiser les principaux bastions de l’espèce qui sont situés à l’ouest du département : dans l’Arnétois, le Haut-Auxois et principalement l’Auxois.

La région Bourgogne : principaux bastions de l’espèce en Côte-d’Or

 

Répartition en 2010 des sites de nidification connus dans les bastions côte-d’oriens

 

Depuis 2004, une population échantillon dans un rectangle de 35 km2 de Pie-grièche à tête rousse est régulièrement suivie dans l’Auxois où subsiste un noyau de population important à l’échelle régionale. Dans ce secteur d’étude, entre 2009 et 2011, une trentaine de couples se répartissent sur 76 sites de nidification connus. Ce suivi régulier constitue le seul observatoire pour mesurer l’évolution au niveau régional de la population de Pie-grièche à tête rousse.

Initialement réalisée sans aucun financement, cette étude a fait l’objet à partir de l’année 2009, de demandes de subventions auprès de la DREAL Bourgogne, du Conseil Régional de Bourgogne et de l’Europe (FEDER). Ce travail reste centré sur le suivi de la population (évolution des effectifs, typologie des sites de reproduction, mise en place d’un programme de baguage/marquage coloré des oiseaux …) dans la zone échantillon.

Fluctuation des effectifs entre 2004 et 2011 et nombre de jeunes à l’envol entre 2009 et 2011 dans la zone d’étude de 35 Km²

 

Marquage coloré d’une Pie-grièche à tête rousse dans le cadre d’un programme de baguage/marquage coloré dans l’Auxois (crédit photo : Pierre Leclaire - LPO Côte d’Or ©)

 

Les arbres et le bétail, deux facteurs essentiels à la présence de la Pie-grièche à tête rousse

Nous avons mis en évidence, grâce à ce suivi pluriannuel, la corrélation entre la présence de cette espèce et le rôle primordial des arbres (chêne et frêne essentiellement) et celui du bétail dans les territoires fréquentés par l’espèce.

Ces deux facteurs (présence d’arbres et de bétail) sont absolument indispensables et déterminants pour le maintien des populations de Pie-grièche à tête rousse dans notre région.

La Pie-grièche à tête rousse est associée à la présence du bétail (crédit photo : Pierre Leclaire - LPO Côte d’Or ©)

 

La Pie-grièche à tête rousse est un oiseau qui recherche la compagnie du bétail car sa présence lui fournit des espèces-proies (insectes comme les bousiers et autres insectes coprophages). De plus cette espèce a besoin d’herbe plus ou moins rase pour rechercher ses proies ; ainsi, le passage du bétail, le piétinement, le broutage de l’herbe par le bétail favorise une hauteur de la couverture herbagère favorable à sa présence.

Les arbres fréquentés, et adoptés comme support des nids, par la Pie-grièche à tête rousse dans notre région, en période de nidification, sont essentiellement des arbres épars ou disposés en rangées (principalement des vieux chênes centenaires mais aussi des arbres plus jeunes), localisés le plus fréquemment au milieu des parcelles pâturées. L’arbre porteur du nid est le « point central » du territoire
occupé par la Pie-grièche à tête rousse durant toute la période de reproduction : couvaison, élevage des jeunes sortis du nid. Durant cette période, le couple évolue théoriquement dans un rayon de 160 mètres autour du nid.

Exemple de territoire fréquenté par la Pie-grièche à tête rousse dans l’Auxois (crédit photo : Pierre Leclaire - LPO Côte d’Or ©)

 

Disposition de l’arbre porteur du nid (n=53 nids) dans l’Auxois

 

Les arbres choisis par l’espèce peuvent être aussi directement intégrés dans des haies bocagères ou situés en bordure de chemin, bien qu’ils semblent moins préférés que les arbres disposés au sein même des pâtures. Les branches sont utilisées comme support de nid et constituent des perchoirs de hauteur variée indispensables au mode de chasse de l’espèce (chasse à l’affût principalement).

Proportion des essences utilisées comme support de nids (n=58) dans l’Auxois

 

La plantation d’arbres champêtres : une mesure de conservation à l’échelle locale associée à un travail de sensibilisation

Afin de pallier les régressions des effectifs constatées en Bourgogne comme en France, la LPO Côte-d’Or a émis la volonté de lancer un programme de mesures de conservation de l’espèce dans l’Auxois, le Haut-Auxois et l’Arnétois qui s’inscrirait dans la continuité des suivis réalisés.

Les arbres existants fréquentés majoritairement par la Pie-grièche à tête rousse au sein des pâtures, sont des reliques d’anciennes haies qui ont été arasées durant les remembrements des parcelles agricoles. Le nombre de ces vieux arbres tend à diminuer de manière drastique : foudroiement, exploitation pour le bois de chauffage et coupe pour faciliter le passage des engins agricoles durant des opérations d’épandage d’intrants.

D’après les résultats de notre suivi annuel spécifique, l’Auxois, en particulier, dispose encore d’une bonne capacité d’accueil pour cette espèce à l’échelle régionale mais aussi nationale. C’est un territoire, une entité paysagère, où prédomine l’élevage associé à la polyculture. Cette région dispose encore d’un réseau bocager assez étendu mais malheureusement mal entretenu et qui tend à se dégrader considérablement.

Il y a donc urgence de mener un travail de sensibilisation auprès des agriculteurs/éleveurs afin de promouvoir la plantation de nouveaux arbres sur notre territoire. Non seulement, les arbres champêtres sont nécessaires au bétail (abris contre les intempéries (soleil, pluie, vent…)) mais ils sont également un véritable réservoir pour la biodiversité locale accueillant par exemple de nombreuses autres espèces d’oiseaux menacées par la banalisation du paysage : Huppe fascié, Loriot d’Europe, Torcol fourmilier …

Le fondement de ce projet est donc basé sur la plantation d’arbres champêtres au sein des pâtures afin de permettre aux Pies-grièches à tête rousse de s’installer à l’avenir, dans des secteurs actuellement désertés ou de renforcer les densités d’effectif dans des endroits pauvres en arbres.

A titre indicatif, pour un chêne âgé de 10 ans, la hauteur est comprise entre 4 et 6 mètres. Des chênes plantés en 2011-2012 pourront être exploités par la Pie-grièche à tête rousse en 2050 environ quand ils auront atteint une hauteur de 15 mètres environ. Il n’est pas trop tard !

 

Outre la création de nouveaux milieux favorables à l’espèce, des plantations seront prévues également entre noyaux de populations afin de mettre en place des corridors écologiques indispensables au brassage génétique des populations.

Ce projet de plantation d’arbres champêtres en 2012, financé par la Fondation Nature & Découvertes et qui sera éventuellement complété par le Conseil Régional de Bourgogne, serait donc la première étape d’un projet que la LPO Côte d’Or souhaite également mener à plus grande échelle.

Secteurs principaux (en couleur verte) ciblés par les mesures de conservation (plantation d’arbres) en faveur de la Pie-grièche à tête rousse dans l’ouest de la Côte d’Or

 

 

Ce dossier est téléchargeable au format pdf en cliquant sur l’icône à droite PDF
  •  (format pdf - 1.5 Mo - 22/02/2012)